• Justine

Le premier jour du reste de ma vie

Mis à jour : 3 févr. 2019




J’ai soudain ouvert les yeux, la lumière était jaune, puissante et pénétrait mes yeux restés fermés depuis trop longtemps. Je ne pouvais pas respirer correctement par la bouche, j’étais coincée. Mes mains et mes pieds étaient immobilisés par des cingles. Que se passe-t-il ? Je suis vivante ! Je pleure.


« Elle vient de se réveiller »

Ne pouvant pas parler, une femme me détache une main et me demande de ne pas faire de mouvements trop brusques. En pleurant, je lui montre mon cou pour lui faire comprendre qu’il faut me retirer le tuyau gigantesque qui traverse ma gorge. Je pleurais encore et toujours. En fait depuis mon réveil, je n’avais cessé de pleurer. Lorsque l’infirmière décide enfin de me retirer le tuyau, elle aperçoit mes larmes et me demande si j’ai mal quelque part. Je ne sentais plus mon corps, je ne pouvais pas avoir mal. Je lui demande d’une voix naïve :


« Suis-je vivante ? »

« Bien sur que tu es vivante ! Et tout s’est très bien passé ! »

« Alors c’est bon, c’est fini ? Je suis vraiment vivante. »


« Vraiment vivante », c’est exactement ce que j’ai pensé en me réveillant. Donc le destin, avait finalement décidé de me laisser vivre. J’allais en profiter.


Revenons en arrière, depuis l’âge de 5 ans, je souffre d’une scoliose, et depuis l’âge de 15 ans les chirurgiens m’ont poussé à me faire opérer prétextant que j’étais trop jolie pour avoir un dos aussi laid et tordu. Selon eux, il fallait agir pour des raisons esthétiques, sauf que moi, ce dos, j’en avais fait ma marque de fabrique et surtout ma force.

J’ai finalement accepté l’opération à l’âge de 18 ans, il était temps, je souffrais beaucoup trop. Honnêtement, j’avais la trouille, dans mon esprit d’enfant, derrière le mot « opération » je voyais le mot « MORT ». Je ne peux pas l’expliquer mais j’étais persuadée qu’en me faisant opérer, j’allais mourir.


Je me revois la veille de l’opération. Je regardais mes parents en essayant de ne pas leur montrer ma peur. Une angoisse qui prenait place à une vitesse fulgurante, je ne pouvais dormir sans penser que le moindre écart du chirurgien pouvait me paralyser pour toujours. Il avait ma précieuse vie entre ses mains. Je me suis souvenue du moment où, face à lui, stylo en main, je m’apprêtais à signer une feuille sur laquelle était inscrit le pourcentage de chance que je puisse mourir. Comment ne pas penser à ce chiffre la veille de cette opération tant redoutée ? Je voulais dire à mes parents que je pensais mourir mais je n’avais pas le droit de leur faire peur comme ça. Sauf que dans ma tête, cette pensée était beaucoup trop présente. J’ai fini par me dire que si je devais mourir, c’était le destin et que, celui-ci ne voulait pas que j’accomplisse de grandes choses. J’avais tellement de chose à vivre !

Le jour de l’opération, j’ai regardé mon chirurgien chéri et en sortant de la chambre, après avoir embrassé mes parents, je lui ai dit « Ne merdez pas docteur ! J’ai encore beaucoup de chose à faire. »

« Ne merdez pas docteur ! J’ai encore beaucoup de chose à faire. »

Quand je me suis réveillée, j’étais moi, en plus fun. Je me suis réveillée en pensant « Hey salut, je suis vivante, je peux partir ». Je ne souffrais pas. Je n’ai jamais pris de morphine, les infirmières venaientt vérifier et m’engueuler « Justine, tu dois absolument appuyer sur le bouton de morphine, quand la douleur va se réveiller tu vas morfler » J’ai appelé mes parents 3 minutes après mon réveil.

« Allo ? »

« Allo mamoune,  ça va ? »

« Justine ? »

« Bah oui tu veux que ce soit qui »

« T’es réveillée ? Mais... mais... tu parles... comme si tout allait bien, tu n’es pas dans le gaz ? Tu es réveillée depuis quand ? »

« Depuis 3 minutes, ça va super bien, je suis vivante, je suis trop contente ! »


J’imaginais la tête de ma mère de l’autre coté du fil. Je parlais avec les infirmières, avec les patients réveillés. Le médecin n’a rien compris quand il a débarqué dans ma chambre, 2 jours plus tard. « Justine, les infirmières m’ont dit que tu ne prenais pas de morphine, tu réponds toujours 0 quand on te demande ta douleur. Ce n’est pas possible. Tu as marché un peu ? »


« Oui, j’ai marché déjà ! C’était un peu difficile mais ça va, et pour la douleur, ce n’est pas énorme par rapport à ce que j’avais avant ! J’ai grandit de 5 centimètres c’est super ! »


La rééducation à été longue et dure, je voulais partir, rentrer chez moi, commencer ma nouvelle vie. J’avais l’impression de résister beaucoup plus qu’avant à la douleur.

Finalement, 3 mois plus tard, contre l’avis de mon chirurgien, je suis partie en Australie. Je me suis occupé de 3 petites filles tous les jours pendant des mois, je dansais, je faisais la fête, je voyageais seule, je suis partie en Asie, j’ai fais des milliers de kilomètres en avion, puis des milliers de kilomètres en voiture, j’ai dormi pendant 12 jours dans un van, j’ai roulé en 4x4 sur Fraser Island avec des bosses de sables géantes, j’ai fais l’amour comme une folle pour me sentir vivante enfin, j’ai dormi par terre pendant 2 jours à l’aéroport de Bali.



J’ai simplement commencé à vivre.


Je pense que l’on peut comparer une opération à la possible cause de la fameuse « crise existentielle », mais qu’est-ce vraiment ? C’est une crise qui peut se traduire par plusieurs effets, le burn out, la dépression, la renaissance ou le changement radical de vie. Cela arrive généralement à la suite d'un choc ou d’un coup dur, une rupture amoureuse, un accident, une malade, un licenciement professionnel. En fait, c’est le moment de ta vie où tu sors de ton corps, où tu regardes aux alentours et te dis « Putain mais je vais où comme ça ? ». C’est souvent radical, ces crises pouvant entrainer des divorces, une envie de tout quitter, de partir très loin.


J’étais bien évidemment trop jeune pour que ma renaissance soit liée à une envie de changement mais je pense qu’elle a précipité en moi l’envie de vivre plus, plutôt que de me laisser porter par le choix des études, les petits boulots étudiants, je me suis dis qu’il était temps de partir.


Aujourd’hui, je pense que mon opération et surtout cette peur a éveillé en moi une facilité à aborder la vie toujours du coté positif. Je suis une « ultra optimiste ».

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