• Justine

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Éditions Julliard


Philippe Besson est un écrivain, scénariste et dramaturge. En l'absence des hommes, son premier roman, publié en 2001, est couronné par le Prix Emmanuel-Roblès. Depuis lors, il construit une œuvre au style à la fois sobre et raffiné. Il est l’auteur, entre autres, de Son frère, adapté au cinéma par Patrice Chéreau, L'Arrière-saison (Grand Prix RTL-Lire), Un garçon d’Italie et La Maison Atlantique. En 2017, il publie Arrête avec tes mensonges, vendu à plus de 120 000 exemplaires, couronné par le Prix des Maisons de la Presse et Un personnage de roman, portrait intime d’Emmanuel Macron, alors engagé dans la campagne présidentielle. Il revient à l'autofiction en 2019 avec Un certain Paul Darrigrand puis Dîner à Montréal​. Ses romans sont traduits dans vingt langues.



« Elle le détaille tandis qu’il va prendre sa place : les cheveux en broussaille, le visage encore ensommeillé, il porte juste un caleçon et un tee-shirt informe, marche pieds nus sur le carrelage. Pas à son avantage et pourtant d’une beauté qui continue de l’époustoufler, de la gonfler d’orgueil. Et aussitôt, elle songe, alors qu’elle s’était juré de se l’interdire, qu’elle s’était répété non il ne faut pas y songer, surtout pas, oui voici qu’elle songe, au risque de la souffrance, au risque de ne pas pouvoir réprimer un sanglot : c’est la dernière fois que mon fils apparaît ainsi, c’est le dernier matin. »

Un roman tout en nuances, sobre et déchirant, sur le vacillement d’une mère le jour où son dernier enfant quitte la maison. Au fil des heures, chaque petite chose du quotidien se transforme en vertige face à l’horizon inconnu qui s’ouvre devant elle.


MON AVIS


C'est l'histoire d'une maman, de toutes les mamans qui un jour se reveillent et n’ont plus aucun enfant à la maison. Que se passe-t-il dans le coeur d'une mère lorsque le petit dernier quitte le nid pour voler de ses propres ailes ? L'histoire est simple, basique et bouleversante. Sous la plume de l'auteur, une quinquagénaire vit sa dernière journée avec son petit dernier qui s'apprête à demander. Au fil des étapes de la journée, le voyage, l'emménagement dans le studio, le repas au restaurant du midi et le retour à la maison, nous suivons les pensées et les sentiments d'Anne-Marie. La place accordée au petit dernier, les souvenirs de vacances, sa rencontre avec son mari, la routine de leurs vies. L'auteur décrit à merveille la détresse de cette femme face au syndrome du "nid vide".


Comment un homme a-t-il pu à ce point là entrer dans le coeur d'une mère ? Bravo à Philippe Besson !


CITATIONS


« La vérité, c'est qu'elle pense à tout ce qui se joue en dehors d'elle, tout ce dont elle est exclue, tout ce que son fils ne lui confie pas, parce qu'un garçon de cet âge parle avec ses amis, pas avec ses parents, elle songe que son fils cloisonne naturellement son existence et que désormais elle se tient du mauvais côté de la cloison, elle songe que, jusqu'à une période récente, elle savait tout et que désormais elle ne sait plus grand-chose, elle partageait l'essentiel et désormais elle n'a plus droit qu'à l'accessoire, elle n'en est pas jalouse, ce n'est pas ça le sujet, elle en est chagrinée ou mortifiée : et si elle ne flairait pas un danger qui le menacerait, et si elle ne discernait pas une métamorphose fondamentale, et si elle n'entendait plus ses tracas, ses inquiétudes, et s'il devenait un parfait étranger ? »


« Les mères n'oublient jamais quand elles ont cru, un jour, perdre leur enfant. Elles ne se débarrassent jamais de la frayeur non plus. Elles vivent chaque jour en redoutant qu'un autre accident survienne. »


« Elle pense à tout ce qu'elle aurait aimé qu'ils fassent ensemble et qu'ils n'ont pas fait. Aller au cinéma, juste tous les deux, regarder le même film au même moment dans l'atmosphère particulière d'une salle obscure, et en discuter après, échanger leurs points de vue. Accepter d'écouter les chansons d'Ed Sheeran, tenter de comprendre pourquoi il faudrait les aimer, et, en contrepartie, lui faire partager sa passion adolescente, jamais abdiquée, pour Étienne Daho. Se promener de temps en temps en forêt, côte à côte. Visiter Londres avec lui parce qu'il l'aurait guidée, ils en avaient parlé une fois. Quand ses amis se réunissaient dans sa chambre, apparaître en apportant des boissons, un en-cas et ne pas embarrasser, au contraire être accueillie, se sentir à l'aise et ne pas se sentir en trop. Avoir des discussions sur les choses du moment, être dans le coup. Lui raconter combien ses grands-parents étaient des gens formidables, fonceurs, audacieux. (...) Elle ne peut s'empêcher d'être consumée par des regrets. Elle se battrait. »


« D'abord, est-ce qu'ils savent encore ce que c'est : être un couple ? On s'oublie, on s'efface, on se dilue, quand on est parents. »


« Il y en a une autre, encore plus simple, mais qu'elle rechigne à formuler : Théo et le petit dernier et perdre le petit dernier est tout bonnement une dévastation, un anéantissement. »


Vous pouvez le trouver ici

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