• Justine

Fille de Camille Laurens

Dernière mise à jour : 26 août 2021


Éditions Gallimard


Camille Laurens est une est une romancière française. Écrivaine, mais aussi danseuse, passionnée de danse contemporaine, Camille Laurens a co-écrit un spectacle avec la chorégraphe Joanne Leighton, "L&L", en 2019.En 2019, "Celle que vous croyez", roman paru en 2016, est adapté à l'écran par Safy Nebbou avec Juliette Binoche dans le rôle principal.



FILLE,nom féminin

1. Personne de sexe féminin considérée par rapport à son père, à sa mère.

2. Enfant de sexe féminin.

3. (Vieilli.) Femme non mariée.

4. Prostituée.


Laurence Barraqué grandit avec sa sœur dans les années 1960 à Rouen. «Vous avez des enfants? demande-t-on à son père. – Non, j’ai deux filles», répond-il. Naître garçon aurait sans doute facilité les choses. Un garçon, c’est toujours mieux qu’une garce. Puis Laurence devient mère dans les années 1990. Être une fille, avoir une fille : comment faire? Que transmettre?

L’écriture de Camille Laurens atteint ici une maîtrise exceptionnelle qui restitue les mouvements intimes au sein des mutations sociales et met en lumière l’importance des mots dans la construction d’une vie.



MON AVIS


L'auteure aborde ici des sujets extrêmement sensibles allant du genre, au détermination sexuelle, voire au déterminisme, mais sur un ton léger et très agréable à lire ! Une plume très spontanée pour la période enfantine puis plus réfléchie pour celle de la maternité, s'associant à de fines observations et réflexions sur l'éducation, l'identité féminine et cette dualité des sexes.


Attention tout de même quelques passages sont éprouvant à lire.


Mêlant humour, roman et sujet de société, Camille Laurens nous fait découvrir la vie de Laurence est « née fille » dans une famille au patriarcat traditionnel et protestant des années 60.


Ce roman est enrichissant car il nous montre la transition d'une époque à une autre ; nous constatons tous les changements qui sont survenus pour la femme : le droit de vote, le droit à l'avortement, l'émancipation de l'épouse qui veut travailler, la solitude de la femme dont le mari divorce pour épouser une jeunette… Les divers personnages rendent la peinture de cette société d'autant plus remarquable qu'on découvre comment chacun peut vivre cette évolution.


CITATIONS


« Appeler la famille ardéchoise en modulant sa voix qui s’éraille : « C’est une fille… Oui, oui, c’est bien aussi. » Une fille. Voilà, c’est dit, c’est fait. Le champagne va rester dans la 403. Un garçon, il aurait assisté au premier bain pou le plaisir de voir flotter le sexe avantageux. Tandis qu’une fille… Rien à voir. »


« Au Mexique, chez les Zapotèques de Juchitan de Zaragoza, on fait de grandes fêtes quand naît une fille car les femmes y sont les chefs de famille et lèguent leur nom à leurs enfants. Les hommes donnent leur salaire aux femmes qui les gèrent. Mais bon, c’est au Mexique, et encore, sur un tout petit bout de terre. »


« Un syllogisme s’imprime dans les prémices de ton cerveau : l’amour, c’est être là. Les filles sont là. Donc les filles sont l’amour. »


« Vous savez pourquoi Dieu a créé Adam avant Ève, les filles ? Parce que avant de faire un chef-d’oeuvre, il faut bien faire un brouillon. »


« Je fais semblant de me passionner pour ces histoires de poulpes et de périscope, ma soeur aussi, mais elle, c’est peut-être sincère. Mis à part sa voix qui les raconte, quel intérêt ? Il manque à ces récits quelque choses pour me plaire. Je ne sais pas trop quoi. Des filles, peut-être. Il n’y a pas de filles, dans ses histoires. Dans son plaisir à raconter, on n’existe pas. On n’est pas là. C’est bien normal : qu’est-ce qu’une fille irait faire à vingt mille lieues sous les mers, environnées de périls et de machines ? Mais aussi, pourquoi les garçons aiment-ils tellement les histoires sans filles ? »


« Il parait que la langue est notre privilège, à nous qui apprenons si tôt à limiter

notre corps. »


« Le jour de la nuit de noces, le mari doit savoir quoi faire, c’est normal ; la femme, elle, n’a qu’à se laisser faire. »

« Non, les garçons ne sont pas soumis à la nature, ils la maitrisent, ils la domptent. Quand ils saignent, eux, c’est à la guerre, quand ils se battent (oui, enfin bon, ils saignent aussi du nez, et il faut les entendre brailler à l’école dès qu’ils ont un bobo au genou)…. »


« On ne dit jamais ça, une fille manquée, vous avez remarqué ? C’est parce que aucun garçon ou presque ne rêve d’être une fille, alors que l’inverse… Un garçon manqué, c’est une fille à qui il a manqué la liberté d’être un garçon. Ne pas être libre, c’est ça la souffrance d’une fille. Vous-même, ne l’éprouvez-vous pas ? »



Vous pouvez le trouver ici

107 vues

Posts récents

Voir tout